[Québec-France] Retours sur l’expérience vécue en première vague de la pandémie covid-19

Regards croisés sur l’expérience vécue par les jeunes fonctionnaires québécois et les agents publics français durant la crise de COVID-19

L’épidémie de COVID-19 et ses conséquences ont eu, ont et vont avoir un impact important sur les employés et employées de la fonction publique et les organisations pour lesquelles ils et elles travaillent. Fonction publique du 21è siècle (FP21) a souhaité savoir comment les agents publics vivaient ce moment particulier et comment ils abordaient les temps à venir à travers la diffusion d’une enquête à destination des jeunes agents publics à l’issue de la première période de confinement du 17 mars au 11 mai 2020. Le Forum des jeunes de la fonction publique québécoise (FJFPQ, https://www.forumjeunes.gouv.qc.ca/accueil/) , organisation québécoise représentant les jeunes fonctionnaires de 35 ans et moins, a décidé d’emboiter le pas et de mener un court questionnaire auprès de ses membres.

Cette consultation éclair a eu lieu entre le 11 mai et le 5 juin 2020. L’analyse des résultats a été réalisée en coordination entre le Forum et FP21. L’objectif était de comparer les perspectives de la Fonction publique québécoise avec celle de la Fonction publique française, en ce qui a trait à la réalité vécue par les jeunes fonctionnaires de 35 ans et moins (ci-après « les jeunes ») durant cette crise.

La participation à ce sondage était entièrement volontaire et strictement anonyme. Pour le Forum, 54 jeunes fonctionnaires québécois ont répondu au sondage en ligne.

Pour FP21, 108 jeunes agents publics français se sont prêtés à l’exercice. Parmi eux, 49 agents de la Fonction Publique d’État (FPE), 46 agents de la Fonction Publique Territoriale (FPT) et 11 agents de la Fonction Publique Hospitalière (FPH).

Les deux sondages comportaient plusieurs questions semblables, mais abordaient également des points propres à chaque administration publique. Cet article co-écrit entre le Forum et FP21 aborde plus en détail la perspective de la Fonction publique française et celle de la Fonction publique québécoise sous l’ange de trois questions.

1.Qu’est-ce que ce confinement vous a-t-il apporté de positif ?

FP21

Globalement, la crise a mis en exergue à la fois le travail des agents publics, qui pouvait rester habituellement dans l’ombre, et la capacité des institutions à exercer leur rôle.

Nous avons 60 % des répondants qui sont optimistes quant à la capacité de leur organisation d’exercer sa mission. Ils soulignent les missions de première nécessité exercées par les personnels hospitaliers et des établissements médico-sociaux, les éboueurs, les policiers et évoquent « un changement de perception de ceux qui sont dans le faire et prennent le pouvoir sur ceux qui supervisent ». Les plus optimistes sont ceux qui exercent des fonctions très concrètes d’aide à la population pour lesquels la reconnaissance est venue des tiers.

Aussi, 73 % des répondants considèrent que leurs conditions de travail ont changé au moment de la crise COVID par rapport à février 2020. Ces conditions de travail ont changé en bien pour 37 % en très grande partie grâce à la pratique accrue du télétravail ayant permis la conciliation entre vie professionnelle et vie privée mais aussi plus de flexibilité et d’autonomie. Un nouveau rapport au présentiel s’est instauré, correspondant plus aux attentes des jeunes professionnels, mettant l’accent moins sur le présentéisme et davantage sur le réalisé.

Par ailleurs, une majorité de répondants estiment avec crainte que les changements induits par la crise COVID sur les conditions de travail sont temporaires, en évoquant des raisons comme les « résistances aux changements », le « maintien de circuits lourds de validation », et la « crainte de difficultés pour l’administration à se transformer ». Alors qu’« on a fait la preuve que dans une situation exceptionnelle, que si on enlevait certains freins (…) on était capable de bien mieux fonctionner ; tout pousse à un retour à la « normale » alors que c’est précisément tout cela qui nous empêche de remplir nos missions correctement ».

FJFPQ

Lorsque questionnés sur ce que le confinement leur a apporté de positif, les jeunes fonctionnaires québécois ont mentionné qu’ils et elles ont une meilleure conciliation travail et vie personnelle (31,5 %), notamment grâce à la réduction du temps de déplacement. D’ailleurs, cette catégorie a été exclusivement mentionnée par 9,3 % des répondants. Le confinement a également permis aux répondants d’avoir plus de repos et moins de stress, plus de temps libre et de constater une augmentation de l’autonomie et de la productivité dans la réalisation de leurs mandats. Ainsi, malgré l’incertitude que cette crise a générée, les jeunes ont soulevé plusieurs aspects positifs, surtout en lien avec leur vie personnelle, mais également avec leur rendement au travail.

2.Qu’est-ce qui vous a positivement surpris de la fonction publique dans la réaction à la crise ?    

FP21

Pour 17 % des répondants, parmi les 60 % les plus optimistes, l’épisode COVID a montré que la Fonction publique savait évoluer, s’adapter et faire preuve de résilience en temps de crise. Certains enjeux sociétaux ont été (re)mis en lumière comme le mal-logement, le besoin de revalorisation des métiers soignants et des métiers jugés essentiels d’ordinaire « souvent invisibles » (exemples : travailleurs sociaux, éboueurs, personnels des écoles et des Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD)…). Cela « paraît aller dans le sens d’une valorisation des métiers du secteur public et de leur utilité souvent méconnue par le public ou critiquée ».

Un certain nombre de valeurs managériales endogènes ont également été mises en avant comme la « liberté d’organisation »« l’intelligence et la bonne volonté »« la confiance », « la solidarité », « l’engagement et la forte mobilisation des acteurs » qui ont sans doute permis « une réactivité forte » et « plus de collectif ». Pour les répondants de la Fonction publique hospitalière « le job a été fait ». Les acteurs ont « répondu présent sans dégrader le service de base ». En somme, « la résilience des établissements de santé, nous en avons fait la preuve ».

FJFPQ

Les jeunes fonctionnaires québécois ont été agréablement surpris face à la capacité de réaction et à la rapidité d’adaptation de l’administration publique au contexte particulier de la crise (48,1 %). Aussi, lors que questionnés sur ce qui les a surpris de la fonction publique durant la crise les jeunes ont mentionné l’ouverture manifestée pour le télétravail et son déploiement dans l’ensemble de la fonction publique (13 %). D’autres éléments, comme la flexibilité dont les ministères et organismes ont fait preuve, le dévouement des fonctionnaires et la mise en place rapide d’outils technologiques ont également été des catégories mentionnées par 5,6 % des répondants, respectivement.

3. Selon vous, qu’est-ce qui fait la force d’être un ou une jeune fonctionnaire dans ce contexte ?

FP21

Ce qui fait la force d’être un ou une jeune fonctionnaire est de croire dans les « opportunités », la « diversité des missions et des postes », les « challenges en perspective » qu’offrent le service public et de s’y projeter. 63 % des répondants se voient encore occuper un poste dans la Fonction publique d’ici à 10 ans très majoritairement motivés par un sens du service public, de l’intérêt général et de l’utilité sociale.

Aussi, les jeunes générations ont naturellement pris le pli dans l’usage des formes dématérialisées de communication (WhatsApp, Teams, télétravail) et ont été promoteurs du recours à de nouvelles modalités de travail.

Ces « pas de côté » réalisés par les agents pendant la crise semblent avoir été utiles pour mettre en œuvre les changements imposés par les enjeux nés du croisement des politiques publiques comme celui, en EHPAD, de « trouver l’équilibre entre protection et isolement ». Ainsi, 86 % des répondants souhaitent voir perdurer une expérimentation qu’ils ont connue pendant la crise comme les coopérations des acteurs sur un territoire, par exemple, les coopérations entre les hôpitaux et les Fablabs, les transferts de patients entre hôpitaux par train ou encore le recours très largement accru à la télémédecine.

FJFPQ

Les jeunes fonctionnaires québécois ont été sondés sur ce qui fait la force d’être un ou une jeune fonctionnaire dans le contexte actuel et 44,4 % des réponses faisaient référence à la « Familiarité avec les technologies numériques » tandis que 29,6 % concernaient leur capacité de s’adapter facilement et à faire preuve de flexibilité. L’ouverture au changement et à l’innovation ont également été soulevés par près de 11,1 % des répondants. En effet, les jeunes fonctionnaires ont démontré une bonne capacité d’adaptation à leur nouvel environnement de travail durant cette crise, car 44 % ont été fonctionnels(elles) dès le premier jour de confinement et 24 % l’ont été après deux ou trois jours de travail. Ainsi, une proportion de 66 % des répondants(es), ont été fonctionnels(elles) ou ont été en mesure d’atteindre un bon niveau de productivité après moins d’une semaine suivant la mise en place des mesures de confinement. Néanmoins, pour 17 % des répondants, ce niveau a été atteint après deux semaines ou plus. Il est alors possible d’avancer que ces forces ont influencé positivement la capacité des jeunes fonctionnaires à s’ajuster à leur nouveaux environnement et mode de travail et à être productifs et productives dès la première semaine de crise.

Conclusion

En définitive, bien que le contexte d’incertitude et de constants changements est un vécu partagé au niveau mondial, les témoignages des jeunes fonctionnaires québécois et des agents publics français soulèvement des similitudes, mais également quelques différences. Le vécu et les perceptions des jeunes agents publics français portent principalement sur leur carrière et leur environnement professionnels, tout comme les modifications positives apportées à leur mode de travail. Les jeunes fonctionnaires québécois, quant à eux, soulèvent ce que la crise leur a apporté de positif sur le plan personnel, ainsi que leur apport à la fonction publique durant ces moments incertains. Dans les deux cas, les jeunes ont souligné la capacité d’adaptation et de résilience que les deux administrations publiques ont démontrée durant cette crise.

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